Ma tuque, mon voile

Bien emmitouflée dans mon manteau d’hiver et mon volumineux écharpe en laine, c’est d’un pas rapide que je me dirige à l’école. J’entame un retour progressif après un long congé de maternité. Autour de moi, tout le monde semble pressé. Tous cherchent à fuir ce froid canadien, c’est chacun pour soi. Marchant la tête baissée, et le regard rivé sur le sol, je me perd dans mes pensées. Mon hijab, cachée par ma oversize tuque, passe inaperçue. Je me fonds dans la masse. Ici, au Canada, on devient tous musulmans en hiver. Le plus couvert on est, le mieux c’est. Je peux être sure que je ne serai pas dérangée dans le métro. Avec tous ce qui se passe dans le Monde, je n’en peux plus de ces scandales de ces média Québécois jouant les vierges offensées à propos de n’importe quelle banalité concernant les musulmans, les “eux autres” ou les “vous autres”, la “musulmanie”. De toute l’histoire de humanité, la femme musulmane n’aurait jamais été autant scrutée.

J’anticipe un peu mon retour universitaire. De nature réservée, j’angoisse déjà à l’idée de cette socialisation qui m’attend. Je pense à mon hijab bien cachée, mais je pense aussi à ma surdité cachée en dessous du ledit hijab. De quoi amener la confusion à plusieurs. Mais bon, ça c’est une autre histoire. Je me demande si je ne devrais pas garder ma nouvelle tuque hipster de HnM pour avoir la paix. Cacher un bout de tissu par un autre bout de tissu.Ironique. Mais pourquoi cacher? Pourquoi ne pas montrer? A travers mon voil, je représente ma religion, et ma religion représente les plus belles valeurs au monde. C’est quétaine à dire mais c’est vrai.

Ce n’est pas facile quand je suis toujours la seule minorité visible dans mon lieu de travail et d’études, et quand le regard des gens s’arrête juste sur mon voil. On ne me regarde alors plus dans les yeux. C’est comme si mon visage n’existait plus. Dû aux multiples stéréotypes qui peuvent m’entourer, il a toujours fallu que je m’explique, que je me défende, et prouve que je suis intelligente et cool aussi, et qu’on peut dîner ensemble à l’heure du lunch. Genre, please like me! Moi, l’éternelle solitaire. J’aurais tant voulu pratiquer le “je m’en foutisme total”. But why do I care !?

Mais ce n’est pas grave. Mon hijab, c’est mon jihad. Pas le jihad que vous imaginez en Afghanistan. C’est l’un des principe de l’Islam le plus déformé qu’on ai jamais vu (parmi tant d’autres aussi). Le jihad signifie simplement une lutte ou un effort que l’individu doit faire, aussi bien sur le plan individuel, spirituel que sociale, dans le but d’accomplir le bien et d’éradiquer l’injustice et l’oppression.

Anyways, je sais très bien qu’une grande sagesse se cache derrière mon voil. Il m’a protégée pendant 20 ans. C’est ce qui a façonné mon parcours de vie. C’est un engagement que je ne tiens pas à briser. Je l’aime bien mon hijab, on s’entend bien et on communique. Je me dis que c’est comme le mariage, qu’il faut apprendre à vivre ensemble, surmonter les épreuves, chercher les outils qui nous rapprochent, moi et mon hijab.  Mon cerveau de mommy s’est ramolli ces derniers temps. Je pense avoir trop procrastiné avec les kids.

Me voilà rendue à destination. Je me dis Bismillah et fonce dans l’amphithéâtre.

 

 

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8 thoughts on “Ma tuque, mon voile

  1. merci pour ce beau texte
    moi je ne fais trop plus attention aux médias et ca allait mieux,
    ces infos tous les jours nous empoisonnent la vie
    Ici, on a un respect réciproque de la communauté hamdolillah

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    • Effectivement, c’est toxique. Quand ça fait un bout que tu n’as pas été active dans la societé (congé de maternité), ça parait lourd au début. Mais une fois réintégré la routine de boulot-étude-dodo, on commence à s’en ficher pas mal 🙂

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  2. Bravo j’ai beaucoup aimé ton texte et j’aime bien ton style d’écriture! Ton passage sur le fait d’être minoritaire au boulot ou à l’école m’a particulièrement interpellée car je ressentais la même chose. Toujours devoir me battre et me justifier même pour des trucs banals!

    Le plus dur et “délicat” était la question qui tue : pourquoi X est musulmane comme toi mais ne porte pas le voile elle? est-elle moins musulmane que toi! Ou elle s’intègre mieux que toi! Il fallait toujours tenter de trouver les mots justes pour expliquer la différence sans offenser ni enfoncer ” l’autre musulmane” (car on n’est personne pour juger qu’on est mieux car on porte qlq chose sur la tête), mais y avait aussi cet aspect ou on se rend compte après plusieurs conversations, que la question posée n’était pas tant pour comprendre mais bien pour provoquer! Je ne sais pas si ça t’es déjà arrivée, moi si et plusieurs fois dans mon milieu du travail.

    Le bon côté c’est que ça m’a permis de me forger!

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  3. Quel beau texte, et je me reconnais dans tes mots…Mais je le porte avec une grande fierté tout comme toi ma belle!Il fait parti de moi ce voile,il me défini et je l’aime…

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  4. Excellent texte,tres bien écrit et très inspirant ! Bravo, continue comme ça et bon retour à l’école/ travail , j’admire énormément les femmes qui portent le foulard (je n’aime pas le terme voilée car ça sous entend une certaine séparation du monde où une certaine cecité, “voilée” ) malgré toute la tension et les préjugés , vraiment , je vous appelle les survivantes ! Chapeau

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